plaisirs d'adultes
Ceux qui me connaissent le savent déjà : je crois très fortement au caractère clivant des âges de la vie. Ainsi, je pense qu’en fonction des âges de la vie, on est plus ou moins sensible à tel ou tel artiste ou penseur. À part Shakespeare ou Bach qui parlent à tout le monde, voici une petite ébauche de répartition :
Vers 20 ans on aime : Baudelaire, Purcell, Mallarmé, Fauré, Magritte, Perec, Poulenc, Albert Cohen
Vers 30 ans on aime : Cage, Stendhal, Proust, Sagan, Choderlos de Laclos, Telemann
Vers 40 ans on aime : Wagner, Raphaël, Nietzsche, Chateaubriand, Montaigne, Flaubert
Vers 50 ans on aime : Brahms, Hugo, Descartes, Beethoven, Aragon, Gide, Strindberg, La Fontaine
Vers 60 ans on aime : Agatha Christie, Saint Paul, Bouguereau, Sardou, Pascal

dos-à-dos et face-à-face
C’est intéressant cette affaire des 60 000 profs que Hollande a promis d’embaucher.
Une bataille de chiffres s’est engagée entre Hollande, qui évalue le coût de cette mesure à 2,5 milliards, et l’UMP qui parle de 7,5 milliards. Jusque là, rien d’étonnant. Mais ce qui en revanche m’étonne beaucoup, c’est que la presse ne tranche pas. Pourtant, il est assez facile d’estimer à la louche combien coûterait une telle mesure :
Si on estime à 1600 € le salaire mensuel net d’un prof débutant, qu’il faut multiplier par 1,8 (estimation basse) pour trouver le coût réel pour l’état (c’est-à-dire : salaire + charges patronales), qu’on multiplie le tout par 12 mois, par 60 000 profs et enfin par 2,5 (c'est-à-dire le nombre d’années qu’en moyenne ces 60 000 profs travailleront sur les 5 ans du quinquennat, puisque leur recrutement doit être étalé sur les 5 ans), on trouve environ 5,2 milliards.
Comme j’ai pris des estimations basses (1600 € et 1,8) et que je n’ai pas tenu compte des coûts induits (coûts de gestion, de formation…), il est clair que c’est plutôt l’UMP qui est dans le vrai.
Mais pourquoi les journalistes ne font-ils pas ce travail d’arbitre ?
grand débarras
Tout le monde sait que si les 7 milliards d’habitants de la Terre vivaient avec le même niveau de vie et de consommation que nous, il faudrait plusieurs planètes Terre pour pourvoir à leurs besoins, et que donc, c’est tout à fait impossible.
Comme sur le long terme, il me semble utopique qu’un tel écart perdure et que le reste du monde continue d’accepter cette injustice manifeste, il faudra bien que nous renoncions tôt ou tard à tout ou partie de notre mode de vie glouton.
Alors je me suis demandée : à quoi pourrons-nous possiblement renoncer ? La voiture ? L’avion ? L’ordinateur ? Le frigo ? Les galeries marchandes ? Le cinéma ? Les biens industriel ? …
Eh bien ma réponse est simple (et je le dis sérieusement) : à tout, sauf à la médecine moderne.

on partage tous la même chose
Comme je vous l’ai déjà dit il y a 4 ans, j’adore les poèmes de Michel Houellebecq, et en particulier cette strophe que je connais par cœur :
La lumière évolue à peu près dans les formes ;
Je suis toujours couché au niveau du dallage.
Il faudrait que je meure ou que j'aille à la plage ;
Il est déjà sept heures. Probablement, ils dorment.
Le vers le plus saisissant est le 3e. Il y a dans cette tournure un mystère que d’autres auteurs avaient déjà perçu il y a longtemps :
Tu me retiens en vain, et dès cette même heure,
Il faut que je le voie, ou du moins que je meure.
(extrait de Bajazet, de Racine)
Vous savez le combat où Chimène l’engage ;
Puisqu’il faut qu’il y meure, ou qu’il soit son mari,
Votre espérance est morte, et votre esprit guéri.
(extrait de Le Cid, de Corneille)

ode funèbre
Bien que Mozart ne fasse pas partie des compositeurs que j’admire le plus, il y a un air de lui qui me hante depuis 1992 avec toujours la même obstination : c’est la « Meistermusik » Köchel 477.
Ce morceau pour chœur d’hommes et orchestre a été composé pour une occasion maçonnique. Il a d’ailleurs été repris plus tard par Mozart dans une version sans chœur, célèbre sous le titre d’ « ode funèbre maçonnique ».
Les paroles en latin sont extraites de la bible (Lamentations 3 : 15,54) :
Il me sature d’amertumes, il m’enivre d’absinthe.
Les eaux débordent sur ma tête ; je dis : je suis perdu !
on aura tout vu
Aux débuts de la télévision, il suffisait de regarder un téléviseur pour deviner très facilement toutes les évolutions techniques qu’il convenait d’apporter à cette invention :
- réduction de la taille du boîtier, en particulier, réduction de la profondeur
- augmentation de la taille de l’écran
- couleur
- meilleure résolution de l’image
- écran à coins carrés
- écran plat
- éventuellement image en 3D
Toutes ces améliorations ont à présent été effectuées de façon tout à fait satisfaisante.
Il est donc maintenant beaucoup plus difficile d’imaginer comment les téléviseurs vont continuer d’évoluer…

mise à plat
Comme les indicateurs chiffrés qui décrivent notre société (chômage, délinquance, nombre de manifestants, etc.) sont parfois sujets à contestation, on voit des journalistes interroger des hommes politiques sur la crédibilité de ces statistiques.
Par exemple hier, sur France Culture, le journaliste Cyril Graziani a posé à Bruno Beschizza (conseiller régional UMP en Ile-de-France) la question suivante :
« Concernant la délinquance, selon les derniers chiffres du Ministère de l’Intérieur la France aurait enregistré une baisse de 500 000 victimes de violences entre 2002 et 2010. Or selon l’observatoire national de la délinquance et des réponses pénales le nombre de violence contre les personnes a augmenté entre septembre 2010 et août 2011 de 2%. Ça veut dire quoi tous ces chiffres ? Ça augmente ? Ça baisse ? C’est quoi ? »
Je trouve cette situation très malsaine, car il me semble que c’est le contraire qui devrait se produire : c’est le conseiller régional (en tant que représentant du peuple français) qui devrait demander au journaliste (dont le métier est l’investigation et l’information) des éclaircissements sur les chiffres.
c'est curieux...
Les réactionnaires comme moi se voient souvent adresser ce reproche définitif : « Vous savez bien qu’on ne peut pas revenir en arrière ».
J’ai (au moins) trois preuves du contraire :
• 1ère preuve : Si vous êtes sur l’autoroute et que vous loupez votre sortie, il y a fort à parier qu’à la sortie suivante, vous reviendrez en arrière plutôt que de vous résigner à continuer vers une destination qui n’était pas la vôtre.
• 2e preuve : N’est-il pas frappant de voir qu’aujourd’hui, l’orgueil n°1 de toutes les grandes villes de France est de se doter d’un tramway… en reconstruisant souvent à l’identique les voies ferrées qu’elles avaient déposées 50 ans auparavant ? Beau retour en arrière !
• 3e preuve : À l’inverse, l’unanimité est faite autour du projet de détruire toutes les tours et les barres d'habitation qui dans les années 60-70 étaient vues comme l’avenir indiscutable d’un urbanisme rationnel.
Conclusion : bien sûr qu’on peut et qu’on doit revenir en arrière quand on est sur la mauvaise route ! Cela s’applique en particulier à l’école.
on saura tout
Si les attentats du 11 septembre avaient eu lieu cette semaine et non pas il y a 10 ans, on aurait pu suivre en direct tout ce qui se serait passé dans les tours jumelles avant leur effondrement grâce à Twitter.
nos culs
Quelle est l’origine de l’expression « pisser dans un violon », qui signifie « faire une chose très inutile » ?
Sur internet, j’ai trouvé l’explication suivante : « Alain Rey suppose que le verbe pisser n'est apparu, par plaisanterie, qu'en remplacement du verbe souffler. La locution d'origine aurait alors été « souffler dans un violon » (dont on trouve effectivement une utilisation dans un numéro de l'Apiculteur de 1901) ».
Pour ma part, je crois une chose (qui n’est pas nécessairement contradictoire avec ce que dit Alain Rey) :
Le violon, par sa forme (deux parties bombées séparées par une taille étroite) évoque largement le corps féminin (voir la célèbre photo de Man Ray ci-contre).
L’action de pisser, pour un homme, évoque nécessairement l’éjaculation (utilisation du pénis, expulsion d’un liquide).
Pisser dans un violon est donc une espèce de simulacre (doublement vain, donc) de l’acte amoureux.
Georges-Guillaume Haygueules
Dans la pièce Bajazet de Racine, Bajazet est le nom francisé d’un turc nommé Bey Yazid.
Dans l’opéra Lohengrin de Wagner, Lohengrin est le nom germanisé d’un chevalier nommé Garin le Lorrain.
De nos jours, on n’adapte plus trop les noms étrangers de cette façon… C’est dommage. Voici quelques propositions :
• Sylvain Berluchon (pour Silvio Berlusconi)
• Louis-Joseph Sabatier (pour José Luis Zapatero)
• Fouquezime (pour Fukushima)
• Monique Belluire (pour Monica Bellucci)
• Jacques Chambron (pour James Cameron)

j'imite bien la méduse
Comme vous le savez, je suis une adepte de la théorie de la « mimesis » en art, c’est-à-dire que je considère que l’art est imitation de la nature.
Mais la musique ? Elle est imitation de quoi alors ?
Évidemment, on peut penser au chant des oiseaux (rossignol…), mais de toute évidence, l’argument branle dans le manche.
Or, la musique c’est essentiellement du rythme et de la mélodie (et/ou harmonie).
Je dis : fondamentalement, l’animal que la musique imite, ce n’est point le rossignol mais l’homme.
Le rythme, c’est les battements du cœur, la respiration, le pas, etc.
La mélodie et l’harmonie, c’est les sons de la voix humaines et leurs harmoniques, la mélodie du phrasé… et le chant humain.
à la mer
(Je parle de mémoire car j’ai lu ça il y a plus de 20 ans) :
Dans le Spécimen rare de Hildebrand, nouvelle de Ian Fleming (créateur de James Bond 007), James Bond est dans la position d’un Hercule Poirot : il doit trouver un meurtrier. Astuce hyper-agatha-christienne : le meurtre s’est déroulé sur un bateau où il n’y a que 3 personnes (sans compter la victime) : James Bond et donc seulement 2 suspects ! Très original, mais ce n’est pas ça dont je veux parler ici.
Un des personnages est très riche et il dit : « Quand on a travaillé dur pour arriver au sommet de l’arbre, on a le droit d’en manger les meilleurs fruits ».
Cette maxime, qui pourrait être la devise de tous les libéraux, semble indiscutable et l’idée qu’elle porte est aujourd’hui très répandue. (Je crois pouvoir affirmer que Sarkozy lui-même la défend)
Moi, je ne suis pas d’accord.
L’ « arbre » dont il est question dans cette image n’existe pas, ou alors, ce n’est pas un arbre : c’est la société elle-même. Imaginons notre entrepreneur grimper à « la société » : chacune des « branches » sur lesquelles il s’appuie, c’est des gens. C’est vous et moi.
Son mérite est-il toujours aussi individuel ? Son succès n’est-il pas tout autant celui de tous ceux sur qui il s’est appuyé ?
je démêle tout
Je vais à présent vous livrer mon explication de l’origine de toutes les choses.
L’univers est composé de 4 règnes (peut-être plus, mais au jour d’aujourd’hui on n’en connaît que 4) :
– le règne minéral
– le règne végétal
– le règne animal
– le règne humain
Leur objectif est la propagation. Comment ? Par l’arrachement.
Dans un 1er temps, la matière (= le minéral) s’est fortement répandue (= propagation) suite au big bang, en s’arrachant à l’anti-matière.
Le végétal, c’est de la matière qui s’arrache à sa condition inerte et à la pesanteur pour monter et, finalement, se répandre par des graines semées au vent (= propagation).
L’animal, c’est une plante arrachée à son enracinement qui se propage avec ses pattes, ses ailes, ses nageoires, etc.
L’humain enfin est doué d’intelligence, ce qui lui donne la liberté. Comme l’a remarqué Rousseau, l’homme s’adapte à tout et évolue, là où l’animal reste déterminé dès la naissance à des comportements immuables de génération en génération. C’est un arrachement supplémentaire, qui devrait lui permettre probablement de conquérir même d’autres planètes (= propagation).
Si l’homme échoue à le faire, ne doutons pas qu’un 5e règne adviendra pour réussir.
Ainsi, tout l’univers qui nous paraît si complexe qu’on n’hésite pas à l’attribuer à un dieu, pourrait en réalité n’être que le résultat de l’application obstinée d’un très petit nombre de lois, en l’occurrence deux : la loi de l’arrachement et celle de la propagation.
CQFD
pouët-pouët
Réflexions du mois de juin :
• Je suis toujours fascinée par la grandiloquence des discours journalistique : l’autre jour, à propos de certaines manifestations au Chili : « du jamais vu depuis 2006 » !
• Lenny Kravitz, son vrai nom, c’est probablement Leonard Kravitz : on dirait le nom d’un personnage de film de Woody Allen !
• L’ouverture de Spiderman par Danny Elfman, c’est une symphonie contemporaine époustouflante !
• Il y a un an, LA grande affaire c’était de savoir quand aurait lieu le remaniement, et qui serait le nouveau 1er ministre… Comme on s’en fout aujourd’hui ! Comme ça nous paraît incroyablement oiseux !
• Plus BHL vieillit, plus il ressemble à Roland Dumas.

sus aux chicots !
Si on devait désigner la combinaison de 2 couleurs la plus moche possible, il est probable que le mariage kaki-orange arriverait dans les premières places.
C’est cette alliance championne que les architectes Bocabeille et Prego ont choisie pour leur immeuble d’habitation voisin de l’Opéra sur la place de la Bastille à Paris.
Objectif atteint : c’est moche. Hi ! Hi ! Hi !
dans les grandes largeurs
Il y a une tendance dans le cinéma et dans la BD à privilégier maintenant les gros plans.
Pour ma part, j’aime la clarté des plans généraux, des plans d’ensemble. J’aime voir le personnage dans son décor, ou voir plusieurs personnages comme dans une sainte cène.
Le plans d’ensemble s’adressent (plutôt) à l’intelligence alors que les plans rapprochés et gros plans parlent (davantage) aux émotions. Souvent, un plan général suffit déjà à raconter une histoire.
Voici un petit diaporama de plans généraux que j’aime bien.
sentiment de toute-puissance
Dans l’affaire DSK, on avait déploré le fait que les intervenants dans les médias eussent beaucoup défendu Strauss-Kahn, et pas beaucoup dénoncé le crime. Les féministes en particulier s’en sont offusquées, y voyant un signe de machisme, ce qui pour ma part me semble erroné.
L’affaire Ferry en donne la preuve, car il n’y a nulle femme ici, mais le crime est similaire. Et cette fois, pas une seule voix pour soutenir la démarche de Luc Ferry et condamner le crime commis ! C’est au contraire le discours de Luc Ferry qui est uniment condamné : il a enfreint un tabou (à savoir dénoncer l’impunité des puissants), c’est un salaud, un fou, un irresponsable, ses propos sont nauséabonds, etc.
Et je pense au film « le Témoin » de Mocky : Alberto Sordi y est témoin d’un crime sexuel commis par Philippe Noiret, un puissant de Reims. À tenter de le dire, Alberto Sordi finit guillotiné.

tropical storm
L’opéra « Nixon in China » de John Adams restera probablement comme l’un des tout principaux opéras du 20e siècle. Et ce grand succès, il le devra aussi à son titre qui est magnifique : « Nixon in China ». La simplicité, la clarté et la sonorité de ce titre en font un modèle.
Je me demandais : est-ce John Adams qui a eu le premier l’idée d’intituler une œuvre d’une façon aussi claire « Machin à Truc » ? Et bien sûr m’est revenu à l’esprit le « Tintin au Congo » d’Hergé.
Puis, en essayant de chercher plus loin, je me suis souvenue d’ « Ariane à Naxos », cet opéra baroque de je-ne-sais-plus-qui (Handel ? Lully ?).
Alors la similitude des consonnances entre « Ariane à Naxos » et « Nixon in China » m’a frappée.
Or, dans « Nixon in China », d’autres ressemblances m’avaient déjà frappée : entre le morceau « landing of the Spirit of ‘76 » et le thème de « la Mort aux trousses » de Bernard Hermann, ou encore entre « tropical storm » et la fin de « Tristan et Isolde » de Wagner…
événements inouïs
Je pense que chacun aura été frappé comme moi par la quantité d’événements exceptionnels qui se sont produits dans l’actualité depuis le début de cette année 2011 : révolutions en Tunisie et en Égypte, arrestation de Laurent Gbagbo, assassinat de Ben Laden, la France en guerre contre Kadhafi, récupération extraordinaire des boîtes noires du vol Rio-Paris, Carla Bruni enceinte, triple apocalypse au Japon, stupéfiante affaire Strauss-Kahn…
Et on n’est encore qu’au mois de mai !
Une telle série extraordinaire ne peut que nous inciter aux pronostics pour les mois de juin à décembre. Voici donc les miens pour les 7 mois de 2011 qui restent :
• sortie de l’Euro pour la Grèce
• sortie de coma pour Ariel Sharon : il récupère son poste de 1er ministre
• fuite de Kadhafi au Venezuela
• accord sur l’autonomie du Tibet signé entre Pékin et le nouveau 1er ministre tibétain
• Bachar el-Assad tombe gravement malade et abdique
• Nicolas Sarkozy renonce à se représenter en 2012 : l’UMP désigne Alain Juppé comme candidat à la présidence
• fraude massive aux primaires du PS : après moult retournements scabreux, c’est Manuel Vals qui finit par être investi
• scission de la Belgique







