mise à plat
Comme les indicateurs chiffrés qui décrivent notre société (chômage, délinquance, nombre de manifestants, etc.) sont parfois sujets à contestation, on voit des journalistes interroger des hommes politiques sur la crédibilité de ces statistiques.
Par exemple hier, sur France Culture, le journaliste Cyril Graziani a posé à Bruno Beschizza (conseiller régional UMP en Ile-de-France) la question suivante :
« Concernant la délinquance, selon les derniers chiffres du Ministère de l’Intérieur la France aurait enregistré une baisse de 500 000 victimes de violences entre 2002 et 2010. Or selon l’observatoire national de la délinquance et des réponses pénales le nombre de violence contre les personnes a augmenté entre septembre 2010 et août 2011 de 2%. Ça veut dire quoi tous ces chiffres ? Ça augmente ? Ça baisse ? C’est quoi ? »
Je trouve cette situation très malsaine, car il me semble que c’est le contraire qui devrait se produire : c’est le conseiller régional (en tant que représentant du peuple français) qui devrait demander au journaliste (dont le métier est l’investigation et l’information) des éclaircissements sur les chiffres.
Commentaires sur mise à plat
- Etant journaliste, je suis bien d'accord avec Columbine : le boulot du journaliste, c'est justement d'interroger les politiques sur leurs contradictions. Mais pour être parfaitement compris, peut-être Cyril Graziani aurait-il du préciser : "POURQUOI les ministères ne sortent-ils jamais les mêmes chiffres que les autres ?". La réponse est latente...
Autre chose : je suis journaliste (à mi-temps) ET prof de français (à mi-temps), je n'y avais jamais pensé mais avec ta note d'aujourd'hui, j'ai imaginé que tu pouvais être l'une de mes collègues. Comme tu n'utilises pas ton vrai nom, c'est tout à fait envisageable non ? Il faudrait que je trouve un moyen de faire dessiner les autres professeurs de français de mon lycée ...
Enfin, j'aime ton blog, le mélange constant entre textes et dessins, ton trait, le contraste entre tes réflexions écrites et le sexe dessiné. J'AIME ! Je sauterais sur ta BD si un jour tu étais publiée. Un jour ? - L'ONDRP a été créé en 2003 par un Nicolas Sarkozy alors ministre de l'intérieur.
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(...) Les croyances sont des vérités personnelles résultant d’une interprétation et d’une généralisation d’une expérience. Elles sont le fruit du processus de perception. Tous les proverbes sont des croyances, les vérités même scientifiques aussi. Elles sont POSITIVES ou NÉGATIVES, rarement NEUTRES. Elles portent sur tout et une fois adoptées, elles sont difficiles à modifier.
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Ératosthène se serait laissé mourir de faim, parce que, devenu aveugle, il ne pouvait plus admirer les étoiles. - Il y a, disait Benjamin Disraeli, trois catégories de mensonges. Par ordre de gravité : les mensonges, les fieffés mensonges et les statistiques.
Il n'y a pas de domaine dans lequel ce soit plus vrai que les délinquance et sa répression. Les chiffres, dans ce domaine :
1) sont systématiquement falsifiés, depuis leur "production" jusqu'à leur exploitation. Au stade des producteurs de chiffres, c'est-à-dire les services de police, la soi-disant "culture du résultat" incite fortement à multiplier les procès-verbaux sur des infractions mineures, voir anecdotiques, faciles à résoudre, uniquement pour pouvoir aligner des chiffres flatteurs quant aux faits élucidés.
A l'inverse, les affaires plus graves mais plus difficiles et plus longues à "boucler" sont négligées : il vaut mieux pour la carrière de tous aligner les succès faciles que passer du temps sur des dossiers complexes.
Quand les chiffres (faux) sont produits, chaque parti tente de les exploiter au service de ses thèses préconçues, aussi déconnectées de la réalité les unes que les autres. Les mêmes, selon qu'ils cherchent à faire peur au bon peuple en espérant qu'il vienne de mettre sous la protection de ceux qui passent pour les plus "sécuritaires" ou qu'il cherchent à démontrer que leur politique a donné des résultats, prétendront d'ailleurs une chose et son contraire, selon le moment et le public.
2) De toutes manières, les statistiques dans ce domaine ne mesurent pas ce qu'on prétend mesurer, la délinquance, mais uniquement l'activité policière. Plus il y a un sentiment d'insécurité (plus ou moins artificiellement créé), plus on mobilise des forces policières. Et plus elles sont nombreuses, plus elle génèrent des procès-verbaux, dont la prolifération donne lieu à des statistiques qui affolent le populo. - Une équipe internationale de scientifiques a annoncé jeudi avoir constaté que certaines particules subatomiques se déplaçaient plus vite que la lumière, ce qui invaliderait, si cela était confirmé, l'une des lois de l'univers mises en évidence par Einstein, à savoir que cette vitesse est indépassable.
Source Reuters, 23 septembre 2011 - "c’est le conseiller régional (en tant que représentant du peuple français) qui devrait demander au journaliste (dont le métier est l’investigation et l’information) des éclaircissements sur les chiffres."
Vous plaisantez Eve !
Un aveugle viendrait demander de l'aide à un boiteux (incapable de convoquer ses chiffres) pour un peuple de fainéant ! c'est le rôle que vous attribuez à un contre pouvoir ? Le pouvoir lui ne saurait définir et discerner les chiffres nécessaires ?
Magnifique la citation de Benjamin Disraeli, "Il y a trois catégories de mensonges. Par ordre de gravité : les mensonges, les fieffés mensonges et les statistiques."
Sur l'évaluation je recommande à tous JC Milner "La politique des choses".
"Depuis le XIXe siècle au moins, de bons esprits avancent l'hypothèse que le gouvernement est décidément une affaire trop sérieuse pour le confier aux êtres parlants. Mieux vaudrait le confier aux choses. Elles se gouvernent toutes seules ; pourquoi ne gouverneraient -elles pas les hommes ? Le politique le plus sage serait alors celui qui explique ce que veulent les choses ; l'expert le plus sérieux se bornerait à traduire ce qu'elles disent ; la stratégie la plus prometteuse se donnerait pour programme la transformation acceptée des hommes en chose. L'évaluation trouve là son lieu. A chaque étape elle met en place les procédures les plus efficaces pour que s'établisse l'absolu gouvernement des choses. Non seulement elle saisit les hommes dans leurs activités extérieures -évaluer les conduites, les résultats, les productions, bref, ce qu'on appelait jadis les œuvres -, mais elle saisit les hommes au plus intime de leurs secrets. Aujourd'hui, on se prépare à évaluer les sujets comme sujets. A les frapper pour toujours du sceau de l'inerte. Plus radicalement qu'aucun de ses prédécesseurs, l'homme de l'évaluation est devenu chose la dernière des choses, la plus passive d'entre elles, le jouet de toutes les forces qui passent. Il est question ici de la politique du siècle à venir."










pourtant je trouve que le journaliste a fait son travail en relevant la contradiction au lieu d'accepter les chiffres du ministère. ce qu'il sous-entend par sa question c'est que le ministère (UMP) n'est pas objectif, alors que l'Observatoire en principe l'est. ce qu'il lui demande (on est sur France Cul donc on peut se permettre d'être subtil) au conseiller UMP c'est de justifier les chiffres du Ministère, sachant qu'en période pré-électorale l'UMP veut vendre les réussites du gouvernement, dont la fameuse lutte contre l'insécurité.